La crise, prise 2

«Emmurés comme nous le sommes dans la postcrise étudiante, et quelque peu anesthésiés par les effets de la crise financière mondiale - du fait d’avoir si bien tiré notre épingle du jeu, merci Banque du Canada -, il est sans doute difficile de distinguer les ombres au tableau. Mais ici comme ailleurs, les deux grandes promesses de l’ère moderne, un travail relativement sûr, et celle, non moins réconfortante, d’une retraite bien méritée, sont en train de fondre comme neige au soleil. Les jeunes trouvent de moins en moins de travail et les vieux sont de moins en moins capables d’accrocher leurs patins, ce qui ne fait qu’accroître le chômage des 18-24 ans. Le serpent se mord la queue.
Il ne s’agit pas ici de revendications strictement québécoises, mais de ce dont mettait en garde récemment le Conseil américain des renseignements stratégiques (qu’on ne peut guère accuser de gauchisme), cette « insatisfaction croissante de la classe moyenne par rapport aux gouvernements », qui, selon lui, déstabilisera les gouvernements de plus en plus. Bref, le « psychodrame » a beau vouloir se dissiper, il y en a d’autres qui se profilent à l’horizon.
Selon un sondage de Sun Life Financial, 63 % des Canadiens croient ne pas pouvoir prendre leur retraite à 66 ans, 10 % de plus qu’il y a seulement 5 ans. Pour la très grande majorité, ce n’est pas tant qu’ils ont envie de continuer, c’est qu’ils ont peur pour leur survie. De plus en plus de citoyens vieillissants vivent donc le cauchemar de penser qu’ils vont durer plus longtemps que leurs épargnes, si même ils en ont. De plus en plus de jeunes vivent le cauchemar inverse : ils se sentent inutiles au moment même où ils devraient prendre leur envol, une situation qui pourrait les affecter, dit une récente étude Toronto-Dominion, tout le long de leur vie active.»
Source : Le Devoir







